La Nouvelle Droite au XXIè siècle : Néo-paganisme, écologie, Russie et sodomie (bis)/La Nouvelle Droite : retour sur un demi-siècle de blasphèmes et de subversion (6/6).

Dans cette dernière partie de notre étude, nous aborderons trois thématiques auxquelles la Nouvelle Droite aura accordé une importance non-négligeable : l’écologie, le néo-paganisme et la Russie.

En 1977, Alain de Benoist publiait dans Éléments un article fort critique à l’égard du mouvement écologiste. Il insistait principalement sur le catastrophisme de cette idéologie qui trouvait, selon lui, ses sources dans la Bible, tout comme l’égalitarisme et le libéralisme dont il s’était fait l’infatigable pourfendeur :

Alain de Benoist

« On trouve ainsi, d’un bout à l’autre des Écritures, une même mise en garde adressée à l’humanité, un même reproche d’avoir découvert et utilisé la « clé du puits de l’abîme (Apoc. IX, 1), une même dénonciation de l’orgueil qui pousse l’homme, parfois, à se faire comme Prométhée, à fonder son humanité dans un défi aux dieux. C’est l’écho de cette mise en garde que l’on retrouve dans le naturalisme écologique. »

Alain de Benoist cité par Pierre Vial dans Pour une Renaissance européenne, (Copernic), 1979, p 93.

Il est vrai que le pape Jean Paul II tenait les propos suivants, dont on ne pourra qu’apprécier la justesse :

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S.S. Jean Paul II

« En réalité, cette domination accordée par le Créateur à l’homme n’est pas un pouvoir absolu, et l’on ne peut parler de liberté d’user et d’abuser, ou de disposer des choses comme on l’entend. La limitation imposée par le Créateur lui-même dès le commencement, et exprimée symboliquement par l’interdiction de manger le fruit de l’arbre montre avec suffisamment de clarté que, dans le cadre de la nature visible, nous sommes soumis à des lois non seulement biologiques mais aussi morales que l’on ne peut transgresser impunément. »

Jean Paul II, Lettre encyclique : Evangelium Vitae, (Téqui), 2017, p 72.

Le plus grand intellectuel du siècle publia cependant en 2007 un essai intitulé Demain la décroissance : penser l’écologie jusqu’au bout. Il y reprenait tous les arguments des écologistes, mais cette fois pour mieux les valider (notamment le mensonge du réchauffement climatique), insistant sur le fait que la destruction de l’écosystème était bien due au christianisme, qui était en réalité prométhéen … Cela est un peu déroutant, dans la mesure où son maître à penser, Louis Rougier, avait assuré que le « génie de l’Occident » païen résidait justement dans le fait d’avoir été le continuateur de Prométhée (Lucifer) :

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Louis Rougier

« Le mythe de Prométhée, c’est la préfiguration de l’esprit de l’Occident. C’est l’esprit de révolte contre les interdits des dieux jaloux, qui symbolisent les craintes de l’humanité primitive en présence des forces aveugles de la nature qui la dominent et l’effrayent. »

Louis Rougier, Le conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique, (Copernic), 1974, p 138.

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Prométhée, le Porteur de Lumière hellénique

« Le prométhéisme, que la soumission à Dieu des religions du Salut n’a jamais pu entamer, se caractérise, dans toute l’histoire européenne par une volonté d’égaler le divin (…) Ni bien, ni mal, ni bénéfique, ni maléfique, il est une force intérieure qu’il faut sans cesse maîtriser. »

Guillaume Faye, Pourquoi nous combattons, (L’Aencre), 2002, p 249.

Guillaume Faye

N’étant pas à une contradiction près, Alain de Benoist se faisait ainsi le propagandiste du très mondialiste Club de Rome dont il avait mollement réfuté les déclarations alarmistes quelques décennies auparavant. Ce passage extrait de ses Mémoires vives peut nous servir d’explication quant à ce revirement :

« J’ai surtout entretenu des relations suivies avec Edward (« Teddy ») Goldsmith, qui a d’ailleurs participé à l’un des colloques du G.R.E.C.E. Fondateur de la revue The Ecologist, Prix Nobel alternatif en 1991, Goldsmith se tenait à l’écart de la plupart des mouvements « verts », qui à ses yeux s’investissaient à tort dans des activités purement politiciennes, et de surcroît défendaient quantité de causes marginales qui n’ont rien à voir avec l’écologie. Il en tenait pour une modification radicale de nos comportements, et manifestait une forte sympathie pour les sociétés rurales et les peuples traditionnels, ainsi que pour leurs systèmes de pensée. C’était un homme éminemment ouvert, attentif aux suggestions. Un sage de notre temps. »

Alain de Benoist, Mémoire vive, (La Nouvelle Librairie), 2022, p 345-346.

Edward Goldsmith

Edward «Teddy » Goldsmith rédigea en 1994 un copieux manifeste intitulé Le Tao de l’écologie. Suivant les traces de Mircea Eliade et de Claude Lévy-Strauss, il y faisait l’apologie des tribus aborigènes primitives comme les Bantous d’Afrique centrale, les indiens Kogis de Colombie ou les Bororos du Brésil, dont il louait la sagesse cosmique ancestrale. Il nous parlait évidemment de « l’homme traditionnel », en se référant au guénonien Ananda Coomaraswamy. « Teddy » aurait tout aussi bien pu nous parler des coutumes de ces tribus diverses et variées incluant le cannibalisme, l’inceste, la zoophilie, le viol rituel ou encore la torture … Il s’en est bien gardé. L’important était qu’elles préservaient l’écosystème et « l’équilibre karmique du Tao » car n’ayant pas été corrompues par la révolution industrielle et l’appât du gain (qui sont d’origine bibliques).

Edward Goldsmith n’était en réalité qu’un excentrique et un doux rêveur qui profita de l’immense fortune familiale pour vivre la belle vie, tout en faisant la promotion d’un alter-mondialisme « multipolaire » dont Alain de Benoist, mais aussi le néo-droitier belge Robert Steuckers se firent les serviles représentants. Il faut tout de même rappeler que c’est le frère d’Edward, le célèbre James, qui géra ses finances, tout en lui assurant le beau rôle, celui de chaman judéo-païen, parti en croisade contre la mondialisation dangereuse. Voici quelques extraits d’un article allemand paru en 1999 :

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Teddy Goldsmith en compagnie de son ami Robert Maxwell au Maroc

« Edward Goldsmith ne fait pas seulement la promotion de la Nouvelle Droite, il aime aussi la fréquenter assidûment. Il est désormais régulièrement invité aux réunions de la Nouvelle Droite en Belgique et en France (…) Le 11 janvier 1998, Goldsmith a donné une conférence à Paris sur L’Ecologie Contre Le Progrès lors du premier colloque organisé par Le Recours aux Forêts, organisation écologiste liée à la Nouvelle Droite (…) Beaucoup d’idéologues d’extrême droite croient que les « Indo-Germains » (en clair, les Aryens) sont par nature des habitants des forêts alors que les Sémites sont des peuples du désert (…) Le Recours aux Forêts a été fondé par le GRECE. Ce club de réflexion veut utiliser les mouvements écologistes et néo-païens pour populariser à nouveau l’idéologie du Blut und Boden (…) Pendant 30 ans, Goldsmith a promu les mêmes conceptions écologistes totalitaires. Au cours des dernières années, de plus en plus d’idéologues de la Nouvelle Droite épousent ses idées, y compris Robert Steuckers. Ce Belge est la force motrice et le secrétaire général du réseau européen des clubs de la Nouvelle Droite : Synergies Européennes (…) Les sections internationales de Synergies Européennes partagent beaucoup des idées d’Edward Goldsmith. La lecture de son livre The Way est en train de devenir quasiment obligatoire dans ces milieux (…) Steuckers est très actif dans le mouvement païen et lui aussi attiré par les idées de Goldsmith à cause de sa propagande pour les religions païennes. « Le temps de la croix est passé. La roue du soleil reviendra. Nous serons libérés du Dieu juif, et notre peuple récupérera son honneur », affirme le sinistre Steuckers. »*

*(NDLR : signalons que l’article évoquait également Laurent Ozon, principal agent de Teddy Goldsmith en France, ainsi que Philippe de Villiers qui fut le « favori » de James Goldsmith dans sa stratégie de noyautage des partis de droite souverainiste).

Cet écologisme « conservateur » a  vraisemblablement puisé ses origines idéologiques en Allemagne. On peut y déceler les influences de l’anthroposophie de Rudolf Steiner, du néo-paganisme völklisch de Ludwig Klages ou encore du bio-centrisme nazi. La vraie raison d’être de ce mouvement demeure, ô surprise, son antichristianisme :

Heinrich Himmler, l’Apollon aryen des temps modernes

« L’affirmation d’une vision biocentrique du monde est parfois très clairement associée, à l’époque nationale-socialiste, à un rejet radical du christianisme (…) Himmler déclara notamment : Nous devons en finir de manière encore plus déterminée avec le christianisme (…) avec cette peste, la pire maladie qui nous ait atteints dans notre histoire. L’attitude de ces mégalomanes, de ces chrétiens précisément, qui parlent d’une domination de la terre par l’homme, doit changer un jour et être ramenée à de justes proportions. L’homme n’est absolument rien de particulier. Il n’est qu’un point sur cette terre*. »

Giovanni Monastra / Philippe Baillet, Piété pour le cosmos, (Akribeia), 2017, p 122.

*Heinrich Himmler, Discours secrets, Gallimard, (1978), p 156-157.

On retrouve ainsi, à un demi-siècle d’intervalle, un nazi et un juif paganisé spirituellement à l’unisson pour désigner le christianisme comme l’ennemi à abattre :

« En effet Edward Goldsmith soutient que l’avenir de l’homme et celui de la Terre sont homéolithiques, c’est-à-dire soumis aux mêmes fins : il faut donc élaborer une nouvelle religion, ou du moins se débarrasser du christianisme. »

Stéphane François, Le retour de Pan : panthéisme, néo-paganisme et antichristianisme dans l’écologie radicale, (Arché Milano), 2016, p 51.

On a vu que Dominique Venner avait tenu un discours similaire avant d’aller se faire sauter la cervelle à Notre Dame (devant des enfants en sortie accompagnée ce jour-là). Jacques Marlaud avait lui aussi chanté le même refrain pagano/écolo :

« Fini le temps ou chaque arbre, chaque source, chaque montagne était protégé par un génie du lieu qui en interdisait la profanation et le saccage. Par le biais de la théologie naturelle, métaphysique chrétienne ayant pour finalité de mieux connaître la création, la techno-science occidentale a pris le relais de cet utilitarisme transcendant, répandant sur tous les continents la doctrine d’exploitation à outrance des ressources naturelles au nom de la croissance continue, du développement indéfini. »

Jacques Marlaud, Interpellations, (Dualpha), 2004, p 411.

Il est intéressant de remarquer que ce discours rejoint les propos plus récents du démocrate mondialiste et super-écologiste Al Gore :

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Al Gore, ancien candidat à la Maison Blanche reconverti dans l’écologie new age

« Il ne faut pas hésiter à abandonner l’ancienne croyance en un pacte entre Dieu et les hommes ; il faut forger une nouvelle croyance qui puise dans la richesse et dans la diversité des traditions religieuses d’avant le christianisme afin de redéfinir les liens entre l’homme et la terre dans un sens plus harmonieux ».

Al Gore cité par Yves Tillard dans L’Écologisme, (AFS), 2024, p 11.

On peut évoquer d’autres auteurs célèbres ayant servi d’inspiration à l’écologisme néo-droitier :

« Le discours écologique de la Nouvelle Droite subit l’influence conjointe du néo-paganisme, de l’ésotérisme guénonien et des systèmes holistes traditionnels. En effet, elle reprend notamment à son compte les thèses de l’historien des religions Mircea Eliade (lui-même influencé par Guénon) sur le caractère cosmique des religions traditionnelles, c’est-à-dire païenne. »

Stéphane François, La Nouvelle Droite et ses dissidences, (Le Borde de l’Eau), 2021, p 93.

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Goldsmith était un adepte de la religion de « Gaïa », la Terre-Mère dont nous serions issus et vers laquelle nous sommes amenés à retourner. Ainsi, au lieu de prendre exemple sur Saint Athanase qui nous invitait à contempler les merveilles de la Création pour mieux louer et aimer notre Créateur, c’est ici la Création qui est divinisée comme au temps du paganisme antique, tandis que le Créateur est tout simplement mis de côté :

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« En considérant que son corps, sa maison et son village reflètent un ordre unique qui est également celui de sa société, de la nature et du cosmos lui-même, l’homme traditionnel reconnaît clairement que sa vie est gouvernée par la loi unique qui est celle de la hiérarchie cosmique, et que lui-même participe au grand œuvre de Gaïa, dont le but est de préserver l’ordre spécifique du cosmos. »

Edward Goldsmith, Le Tao de l’écologie, (Du Rocher), 2002, p 315.

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Edward Goldsmith, hilare …

Les frères Goldsmith, issus de la dynastie Goldschmidt de Francfort dont un autre descendant célèbre est le milliardaire « de droite » Vincent Bolloré, étaient d’origine germano-britannique. Ils étaient surtout français du côté maternel, et juifs du côté paternel. Cela ne les empêchait aucunement de fréquenter et de soutenir des mouvements nationalistes, extrémistes, racistes, voire antisémites. L’important était que ces groupes ne soient pas authentiquement catholiques, et de préférence carrément anti-chrétiens. A ce sujet on retiendra deux remarques intéressantes concernant le rapport unissant juifs et païens de nos jours :

« En somme, le peuple élu, qui contrairement au musulman et au chrétien a toujours cherché à conserver son intégrité – à demeurer lui-même – plutôt que porter la conversion aux quatre coins de la planète, ne serait-il pas un peu païen dans l’âme ? On est en droit de se poser la question. »

Bruno Favrit, A la recherche des dieux, (Dualpha), 2020, p 41.

L’essayiste Pierre-André Taguieff avait souligné ce point important que la Nouvelle Droite n’a jamais clairement abordé, à savoir son rapport avec le judaïsme post-biblique. Il reprenait ici les intéressantes réflexions de l’écrivain juif Arnold Mandel à propos de l’antichristianisme du G.R.E.C.E :

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Arnold Mandel

« La notion de judéo-christianisme, avec laquelle et contre laquelle il opère, est arbitraire et exclusivement chrétienne. Jamais les juifs en tant que tels, ni le judaïsme n’ont confirmé le bien-fondé de ce prétendu dénominateur commun (…) En conséquence, quiconque agresse le judéo-christianisme, laisse le judéo-judaïsme hors de portée du feu et des étincelles de ses armes d’esprit. Bref le judaïsme proprement dit n’est en aucune manière concerné par la récusation néo-droitière du monothéisme judéo-chrétien. Le relativisme culturel fait le reste : à chacun son identité, qu’elle se fonde sur le judaïsme ou sur le polythéisme d’origine indo-européenne. »

Pierre-André Taguieff, Sur la Nouvelle Droite, (Descartes et Cie), 1994, p 230.

On évoquera pour l’occasion l’auteur du 19ème siècle Louis Ménard qui n’hésitait pas, tout comme Celse et plus tard Alain de Benoist, à s’inspirer du Talmud pour mieux ridiculiser Notre Seigneur. Le texte auquel nous faisons allusion s’intitule L’origine des insectes (tradition rabbinique). Il est tiré de ses Rêveries d’un païen mystique publiées en 1876. On y retrouve le Diable en personne, supposé être le créateur des insectes, surpassant en cela le bon Dieu, qui se serait juste « contenté » de créer l’homme. Le dialogue se termine par la victoire du Diable, dont la malice et la finesse auront fini de déstabiliser son contradicteur …

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L’affreux Louis Ménard

Rappelons que Louis Ménard était un malade mental, un socialiste et un opiomane. Il aurait pu faire partie du comité de patronage du G.R.E.C.E à n’en point douter. Ce fut d’ailleurs le cas de l’un de ses continuateurs, le franc-maçon spécialiste en satanisme, en cannibalisme et en sado-masochisme, Roland Villeneuve.

Dans un entretien datant de 1997, Alain de Benoist expliquait de manière assez tarabiscotée que le Nouvelle Droite n’était pas néo-païenne, que le néo-paganisme n’était pas païen, que le paganisme était la clé pour renouer avec nos racines primordiales mais qu’en même temps il n’avait plus lieu d’être. Le fondateur du G.R.E.C.E, tout en critiquant parfois sévèrement les divers mouvements issus du néo-paganisme, essayait une énième fois de se réinventer à force de contorsions verbales tout en faisant attention à ne pas trop se renier lui-même :

« De façon plus générale, il faut bien dire que l’actuelle littérature « néo-païenne » atteste le plus souvent un niveau de réflexion assez pauvre. L’approche « holistique » sert fréquemment de prétexte à une sorte d’égalitarisme cosmique, où ce qu’il y a de spécifique à l’homme disparaît complètement. La réflexion en profondeur est remplacée par une rhétorique convenue, à base de références à l' »Éveil », à l' »énergie cosmique », à l' »identité avec l’Un-Monde » ou avec le « Grand Tout. »

Cité par Christian Bouchet dans Les Nouveaux païens, (Dualpha), 2005, p 224.

Était-ce un désaveu de sa part? Un éclair de lucidité? Absolument pas. Alain de Benoist estimait tout simplement que personne n’était digne du mouvement qu’il avait su mettre en place. Mais à quoi s’attendait-il? Tout ce bricolage intellectualiste, ce concentré aberrant d’hindouisme, de pseudo mystique indo-européenne, de gnosticisme bisexuel à la sauce évolienne, de verbiage pagano-nietzschéen qui se sont répandus pendant des décennies au sein de la culture occidentale sous couvert de « saine réaction contre la société de consommation » ne pouvaient qu’accélérer notre avilissement, et aider le système mondialiste à parfaire notre abrutissement. Benoist affirmait carrément à propos de ses maladroits continuateurs qu’à cause d’eux  « La notion même de paganisme est parfois présentée de façon fumeuse. » Mais c’est justement ce que l’on peut reprocher à Alain de Benoist qui a passé son temps à jongler avec un nombre incalculable de concepts sans jamais dire quoique ce soit de cohérent, étant lui-même incapable de définir clairement la mouvance dont il était pourtant devenu le chef de file, évinçant au passage des esprits ô combien plus brillants que lui, comme le pauvre excentrique Guillaume Faye.

Quoiqu’il en soit ce mouvement ne date pas d’hier. Il avait inquiété des auteurs catholiques que nous avons déjà cités, comme Mgr Gaume, Hilaire Belloc ou Mgr Delassus. On peut ajouter cette réflexion de Dom Crenier. Il s’appuyait sur les papes de son époque pour dresser un inquiétant constat du phénomène, conséquence logique de l’apostasie des peuples et des nations qui ne date sûrement pas du concile Vatican II :

« Le fait de vivre dans un temps où revit le paganisme et à côté d’une grande nation aux trois-quarts païenne nous invite à pratiquer une ascèse encore plus assidue. L’’existence de ce néo-paganisme a été constatée en termes très attristés par Pie XI et son successeur Pie XII. Le Pape s’exprimait ainsi le 8 février 1932 dans un discours :

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S.S. Pie XII

« On marche donc par les voies d’un paganisme nouveau et qui matérialise la vie tout entière. Beaucoup pensent que le gain est tout, que le gain doit être rapide, afin qu’on puisse jouir de la vie, s’amuser, dominer, prévaloir. Le paganisme rentre dans la vie publique, dans la vie privée, dans la vie familiale, par la suite d’un abandon de plus en plus commun des principes de modération, de retenue, d’abnégation, de respect de soi-même, de respect des autres et de toute chose respectable. »

Dom Leonce Crenier, Le juste milieu de la pénitence, (ESR), 2020, p 8-9.

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Citons également Mgr Charles Freppel :

« Mais il est d’autres écrivains plus hardis qui, acceptant le paganisme pour ce qu’il était en réalité, l’empire de la chair révoltée contre l’esprit, en font l’apothéose bien loin d’en rougir. Certes, on n’a pas lieu d’être surpris que les doctrines païennes aient tenu si longtemps les esprits sous le joug, lorsqu’on voit, dans un siècle et dans un pays chrétien, un homme comme Goethe relever le drapeau du paganisme en face de la croix, et s’insurger contre la religion du devoir et du sacrifice au nom des sens et de la volupté. Et si l’on me disait qu’en France, du moins, de pareilles idées n’oseraient pas se produire au grand jour, je répondrais que de récents écrits nous enlèvent également cette satisfaction. Car enfin, qu’est-ce que cette réhabilitation de la chair que prêchent certaines écoles contemporaines sinon un retour au sensualisme païen par la voie la plus directe et la moins simulée, la glorification du vice et l’apothéose des passions (…) Le culte de Priape, tout comme on eût fait dans les temples de Babylone et de Tyr! »

Monseigneur Freppel, Les apologistes du IIème siècle : Saint Justin martyr, (La Caverne du Pèlerin), 2023, p 121-122.

Il signalait également dans son étude sur Clément d’Alexandrie :

« De nos jours, une certaine école qui s’attribue le privilège de la critique, a pris à tâche de réhabiliter le paganisme. Cette tentative s’explique d’elle-même : lorsqu’on déserte la religion chrétienne, il est tout simple qu’on recule de dix-huit siècles, et que les dieux de l’Olympe chassés par la croix reprennent leur empire sur des âmes auxquelles l’Évangile paraît trop sévère. »

Mgr Freppel, Clément d’Alexandrie, cours d’éloquence sacrée, (BNF), 1873, p 84.

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L’Illuminé de Bavière Johann Wolfgang von Goethe

Le néo-paganisme fut introduit officiellement au sein de la culture occidentale par le biais du romantisme allemand. Ses deux représentants les plus importants furent incontestablement les Illuminés Johann Wolfgang von Goethe et Johann Gottfried von Herder. L’influence maçonnique de ce courant de pensée mystique anti-chrétien est indiscutable. Quant à son impact sur le plan politique, avec l’émergence d’un nationalisme exalté et destructeur qui aboutira à la Première Guerre mondiale, nous pensons qu’il n’est plus à démontrer :

« De fait, le néo-paganisme contemporain est assurément un héritier du romantisme, notamment dans son refus des Lumières et du libéralisme qui en découle, et dans sa reconstruction des passés nationaux. Cela explique l’éthnicisme nationaliste prononcé des néo-paganismes germanique et italien du début du XXe siècle. En effet, le néo-paganisme est souvent né de la volonté de certains poètes romantiques de refuser la modernité issue du christianisme, de la Révolution française et de la Révolution industrielle. Ainsi l’une des grandes références des néo-païens de la fin du XIXe siècle est, paradoxalement, le pasteur protestant allemand Johann Gottfried von Herder. Son discours communautariste et ethno-nationaliste influencera grandement et en profondeur les thèses néo-païennes jusqu’à nos jours. »

Stéphane François, Le néo-paganisme : Une vision du monde en plein essor, (La Table d’émeraude), 2007, p 20-21.

L’Illuminé de Bavière Johann Gottfried von Herder

Rappelons que l’un des corollaires du néo-paganisme allemand fut l’indomanie que nous avons étudié précédemment. Herder fut en effet un important instigateur de ce « réveil spirituel indo-européen », si l’on en croit le marquis Saint-Yves d’Alveydre :

« Déjà, en 1784, Herder lui-même, sans soupçonner son existence actuelle, affirmait que seule l’école la plus savante et la plus sainte, avait pu de toute antiquité former un peuple comme les Hindous qui (…) offrent généralement une somme immense de vertus divines et humaines qu’on a jamais poussées plus loin nulle part ailleurs. »

Saint-Yves d’Alveydre, Mission de l’Inde en Europe, (Dualpha), 2019, p 104-105.

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Arturo Reghini

Le rôle de la franc-maçonnerie et autres groupes gnostiques dans la propagation du néo-paganisme a été souligné par Stéphane François que nous citerons à nouveau :

« Ainsi, les premiers adeptes de la religion germano-scandinave furent souvent des membres de loges maçonniques spiritualistes ou de la Société Théosophique. Les druides de XIXe siècle incorporèrent des éléments de rituels maçonniques dans leurs pratiques. Arturo Reghini, adepte de la religion romaine, fut initié à divers mouvements ésotériques et le fondateur de la Wicca, Gerald Gardner, fut un disciple d’Aleister Crowley. »

Stéphane François, Le néo-paganisme : Une vision du monde en plein essor, (La Table d’émeraude), 2007, p 28.

John Beckett

Laissons maintenant le « druide » américain John Beckett (disciple du pédo-criminel Isaac Bonewits), nous donner un bel échantillon de la « spiritualité » néo-païenne :

« Si vous mentionnez la foi dans le monde païen, vous obtiendrez probablement une réponse négative. Je n’ai pas besoin de foi, j’ai mon expérience. Mes dieux ne me demandent pas de croire, ils me demandent de faire. Ne dîtes pas foi si vous voulez parler de religion, ma religion n’est pas basée sur la foi. »

John Beckett, La Voie du Paganisme, (Danaé), 2019, p 185.

Un dernier point à étudier sera le lien assez étroit qu’entretient la nébuleuse néo-droitière avec la Russie post-soviétique :

Alain de Benoist, Robert_Steuckers et Alexandre Douguine

« C’est ainsi qu’en mars 1992, à l’initiative de la revue Dyen (Le Jour) – fondée en décembre 1991 par Alexandre Prokhanov – Alain de Benoist et Robert Steuckers (chef de file de la Nouvelle Droite en Belgique, directeur des revues Vouloir et Orientations) se sont rendus à Moscou pour participer à diverses rencontres publiques, patronnées notamment par Alexandre Douguine (traducteur russe de René Guénon et de Julius Evola, et initiateur à Moscou d’un réseau Nouvelle Droite). L’ex leader néo-fasciste Michel Schneider commente ainsi ce voyage, dans la revue qu’il dirige depuis 1990 : Cette manifestation prouve que les cartes sont en train d’être redistribuées et que les clivages gauche/droite, qui ont dominé le monde après 1945, ont cessé d’être pertinents. »

Pierre André Taguieff, Sur la Nouvelle Droite, (Descartes et Cie), 1994, p 30.

Alexandre Douguine

Dans un entretien accordé en 2012 à un journal suédois, Alexandre Douguine affirmait quant à lui :

« Mais j’ai constaté que nous avons plus en commun avec la Nouvelle Droite qu’avec les catholiques. Je partage nombre des opinions d’Alain de Benoist. Ce n’est pas le cas vis-à-vis des catholiques modernes. Ils souhaitent en effet convertir la Russie et ce n’est pas compatible avec nos projets. Je considère Alain de Benoist comme étant l’intellectuel le plus important en Europe aujourd’hui. La Nouvelle Droite par exemple ne veut pas imposer le paganisme européen aux autres. Concernant Evola, je le considère comme étant un maître et une figure symbolique de la Révolte Finale et de la Grande Renaissance, comme l’est aussi Guénon. Pour moi, dans cet âge sombre que nous traversons, ces deux penseurs représentent l’essence de la Tradition occidentale. »

Alexandre Douguine, Vladimir Poutine, le pour et le contre, (Ars Magna), 2017, p 146.

Étant donné que Douguine se prétend « chrétien orthodoxe », un petit rappel au sujet de son modèle Julius Evola ne sera pas inutile :

« Nous devons aujourd’hui en finir absolument avec le christianisme. Tout en lui est incompatible avec les idéaux, la morale, la vision du monde et de l’homme qui peuvent conduire une race à la résurrection de l’Empire. Le sommeil a suffisamment duré, et toutes les variations possibles, tous les compromis ont été épuisés. Il faut maintenant dire : assez, assez du christianisme pris en bloc, dans l’ensemble de toutes ses formes. La race latine, tout spécialement, reniera avec âpreté toute descendance de cette chose obscure, qui est venue la contaminer depuis les bas-fonds hébreux de Palestine. Au plan idéal et moral, démasquer l’énorme bluff que constitue la doctrine chrétienne, en réagissant contre l’acquiescement passif qui la laisse encore se répandre avec toute la charge des valeurs qui lui sont attribuées de façon superstitieuse et inconsciente. »

Julius Evola, Impérialisme païen, (Pardès), 1993, p 167.

Mais quel était donc le « dieu » de Julius Evola, qui est aussi celui de Douguine ? Le lecteur ayant lu nos travaux précédents connaît bien sûr la réponse :

«Mais on découvre des phalli sur des tombes étrusques, grecques et romaines. A ces stèles équivoques, Julius Evola donne un sens métaphysique : le phallus en érection signifie la puissance divine de l’Être Primordial, l’Adam éternel qu’un hymne nomme « celui qui se tint debout, qui se tient debout qui se tiendra debout…Celui qui se tient debout, Là-Haut, dans la Puissance Incréée, comme il se tint debout ici-bas ayant été engendreur après avoir été engendré.»

Pierre Mariel, Sectes et sexe : la sexualité dans l’ésotérisme traditionnel, (Dangles), 1978, p 30.

Jean Thiriart

Après Robert Steuckers, c’est à un autre belge que nous devons l’élaboration d’une alliance avec la Russie pour sauver l’humanité. Il s’agit de Jean Thiriart. Ses thèses obtinrent un certain succès dans les milieux de la droite alternative. Son ouvrage, L’Empire euro-soviétique de Vladivostok à Dublin, qui est une sorte de manifeste de la dernière chance, a constitué pour nous une lecture difficile, non pas à cause du contenu en lui-même qui est plutôt médiocre, même si intéressant sur le plan géopolitique, mais à cause de l’auteur qui laisse déborder au fil des pages un tel égocentrisme et une telle arrogance intellectuelle que le texte en devient rapidement insoutenable. Nous n’avons retenu que cette réflexion, dont le lecteur saura apprécier l’élégance et la profondeur. Il faut savoir que Jean Thiriart était un homme qui savait s’exprimer avec style pour mieux mettre en valeur l’excellence de sa pensée :

« Athée et de formation scientifique, je ne puis éviter ricanements et bâillements aux histoires lubriques ou paranoïaques de l’Ancien Testament, et hilarité quant à la virginité de la mère de ce hippie qui a raté son coup de son vivant : Jésus.  Monseigneur Lustiger – dont on fera probablement un pape, après lui avoir donné le prix Nobel – me fait franchement rigoler, quand il évoque en public l’Immaculée Conception, lui qui mieux que quiconque devrait savoir que Jésus est le fils adultérin d’un légionnaire romain nommé Panthère (j’ai le Talmud dans ma bibliothèque). »

Jean Thiriart, L’Empire euro-soviétique de Vladivostok à Dublin, (La Grande Europe), 2018, p 213.

Francis Yockey

Le dernier principal artisan d’une entente avec la Russie, afin de créer un Imperium libérateur fut Francis Yockey. Il affirmait notamment :

« Une tentative de la Russie pour intégrer pacifiquement l’Europe dans son accumulation de pouvoir entraînerait finalement la naissance d’une nouvelle symbiose : l’Europe-Russie. Sa forme finale serait celle d’un Imperium européen. »

Francis Yockey, L’Ennemi de l’Europe, (Ars Magna), 2011, p 153.

Il ajoutait un peu plus loin dans son manifeste que « La Russie ne peut qu’unir l’Europe, quelle que soit sa politique. » (p 159). Nazi britannique, espion lié à divers services de renseignements, propagandiste national/révolutionnaire très influent dans les milieux de droite radicale, sa fiche Wikipédia vaut franchement le détour. On retiendra les sympathiques anecdotes suivantes :

« Yockey était connu comme un coureur de jupons. En 1957, des agents du FBI ont estimé qu’il  vivait à Los Angeles en tant que proxénète ou gigolo et qu’il avait écrit de la pornographie pour de l’argent, y compris un livret sadomasochiste appelé Arduous Figure Training at Bondhaven qui a ensuite été retrouvé dans sa valise. Le livret de 62 pages a été publié par la Nutrix Company de Jersey City et selon le FBI  contenait de nombreux croquis de femmes partiellement vêtues et […] était de nature masochiste ou sadique »

Poursuivi par le FBI et l’Anti-Diffamation League, impliqué dans diverses affaires louches non-élucidées, Francis Yockey se « suicida » dans sa cellule en 1960.

Nous venons de donner un bref échantillon de la tournure d’esprit de ces idéologues qui militent depuis des décennies pour une alliance avec la « Grande Russie patriote« . Parmi eux se trouvent un nombre important de néo-droitiers fascinés par une Russie fantasmée à leurs yeux, puissante, sûre d’elle-même et dominatrice. Le KGB, le FSB, le stalinisme, le lobby juif n’existent plus. Ils ont été terrassés par le super-croisé Vladimir Poutine, pour permettre la grande régénération des Européens à travers la toute-puissante Eurasie. On préférera la mise en garde de l’auteur conspirationniste, et hélas sédévacantiste, Jacques Delacroix (il mentionnait ici l’islam mais cela ne dérange en rien notre propos) :

« Ce n’est pas en recherchant un axe Moscou/Paris avec un parti païen que la solution viendra, mais en suppliant l’intervention divine. Montrer du doigt l’islam sans mettre en évidence le jeu des sociétés secrètes et ne pas voir le rôle de ces mêmes sociétés dans la perestroïka russe, c’est intellectualiser les enjeux sans prendre en compte le sens de l’histoire. »

Jacques Delacroix, Rôle de la Russie sur l’échiquier européen, (Delacroix), 2016, p 23.

Nouvelle Droite paganisme écologie

La Nouvelle Droite ayant un peu perdu de sa superbe, c’est l’Institut Iliade qui semble avoir pris le relai pour une « renaissance européenne » (païenne). Il fut officiellement fondé en 2014 par Jean Yves le Gallou, exauçant ainsi les dernières volontés de son ami Dominique Venner. On remarquera le culte de la personnalité dont celui-ci fait l’objet à travers des ouvrages collectifs comme Dominique Venner : la flamme se maintient ou A l’aube de nos destins. On y retrouve des textes de François Bousquet, du sodomite Paul-Marie Couteaux, du pédéraste Christopher Gérard ou encore de Philippe Conrad.

Dominique Venner

Ces écrits confinent souvent à l’idolâtrie pure et simple. Autant dire que nous présenter le suicide sacrilège de Dominique Venner comme un acte de « bravoure cosmique intemporelle » est une démarche assez douteuse, digne du dernier des cathares.

La palme revient incontestablement au témoignage de Fabrice Lesade, présent aux côtés de son camarade samouraï le jour du drame. Son récit, narrant les événements, ressemble à une sorte de bouffonnerie macabre et nihiliste. Elle nous a littéralement glacé le sang. Par soucis d’exactitude, on préférera cette anecdote concernant le « spartiate-samouraï-romain » car elle nous semble plus fidèle à la réalité. Elle est tirée de l’étude de Roland Gaucher sur les réseaux du synarque Georges Albertini (dont Gaucher fut le bras droit). Gaucher fit parti du comité de patronage du G.R.E.C.E :

« Il faut souligner que c’est dans l’exclusion de ses militants les uns après les autres pour les motifs les plus sectaires qui lui passaient par la tête, que le futur historien et directeur de la revue Enquêtes sur l’Histoire s’illustrait tout particulièrement à l’époque. S’il a cessé le militantisme politique, c’est moins en raison d’une profonde réflexion intérieure que par dénuement de troupe. »

Roland Gaucher/Philippe Randa, Des rescapés de l’épuration, (Dualpha), 2007, p 352-353.

Jean-Yves le Gallou

Pour ce qui est de Jean-Yves le Gallou, on peut lire son essai intitulé Européen d’abord ! publié en 2018 chez Via Romana. Il y donne quelques pistes pour renouer avec nous-mêmes, et ainsi devenir des hommes grecs, beaux et bons (kalos kagathos). Il faudrait pour cela s’inspirer de Louis Rougier, de Renaud Camus, de Henry de Montherlant, du héros indo-européen Hercule ou encore du « dieu » Odin. Et accessoirement du catholicisme médiéval … Loin de nous l’idée de vouloir freiner l’enthousiasme un peu béat de Jean Yves Le Gallou, mais un petit rappel de circonstance s’impose tout de même concernant le « guerrier viril » Hercule/Héraklès :

« Les peuples les plus guerriers comme les Béotiens, les Lacédémoniens et les Crétois, ne sont pas les seuls sensibles à l’amour des garçons (…) De même, il serait bien difficile de faire le compte des amants d’Héraklès tant ils furent nombreux ! Parmi ceux qu’il chérit, citons seulement Iolaos, qu’on honore encore à ce titre aujourd’hui : c’est en effet sur son tombeau que les amants se jurent fidélité. Héraklès se fit même médecin et guérit Alceste d’une maladie incurable pour l’amour de son ami Admète. »

Plutarque, Erotikos, (Arléa), 2011, p 57-58.

Nouvelle Droite paganisme écologie

Il en va de même pour Odin qui serait, selon Jean Yves Le Gallou, le père spirituel des Européens, à l’instar de Zeus, Apollon, Hermès et Toutatis. Il se trouve que ce « dieu » paternel et tout-puissant dû un jour s’adonner à une pratique très appréciée par les néo-païens afin d’obtenir certains pouvoirs runiques :

« Odin connaissait et exécutait lui-même cet art qu’accompagne un très grand pouvoir et qui s’appelle le seidhr (…) Mais de pratiquer cette science magique, il s’ensuit telle diablerie qu’on ne la tient pas convenable sans honte à des hommes, et c’est à des prêtresses que fut confié cet exercice. Ce seidhr, pratique rituelle divinatoire et magique, était une union sexuelle contre nature, plus précisément la sodomie passive. »

Jean-Paul Ronecker, L’amour magique, (Pardès), 2000, p 208.

Nouvelle Droite paganisme écologie

Le Gallou est en fait plutôt cohérent dans ses propos. Après tout, son complice François Bousquet a dernièrement prodigué aux Européens en quête d’eux-mêmes le conseil suivant. Il s’agit sûrement d’une nouvelle leçon de « métapolitique » néo-païenne :

« Et puisque nous avons convoqué Proust, autant s’inspirer des homosexuels. Qui niera les extraordinaires profits de la pratique du coming out ? Or, qu’est-ce d’autre que le courage d’être soi? N’est-ce pas le chemin qui va de la honte à la fierté, de la fatalité à la souveraineté, de l’ombre à la lumière? »

François Bousquet, Courage : manuel de guérilla culturelle, (La Nouvelle Librairie), 2019, p 91.

Nouvelle Droite paganisme écologie

L’institut Iliade a publié un manifeste en 2021 censé donner un écho à celui du G.R.E.C.E. sorti en 1979. On y retrouve une prose toujours aussi pompeuse :

« Nos racines n’appartiennent pas au passé ; elles vivent en nous et donnent du sens à notre existence. Elles ne sont pas un objet froid, distant et abstrait ; elles guident notre rapport quotidien au monde. Mener une existence biologique est donné à tous ; « être » se conquiert pour quelques-uns seulement. « Être » au monde, c’est faire l’expérience quotidienne d’une civilisation qui nous dépasse. »

Manifeste de l’Institut Iliade, (La Nouvelle Librairie),  2021, p 43.

Nouvelle Droite paganisme écologie

Tout le manifeste consiste à enchaîner des formules de cet acabit. Elles n’expliquent pas grand-chose. Une certaine impuissance mal dissimulé se fait péniblement ressentir au fil des pages. Le monde va mal. Il ne faut plus qu’il aille mal. Il faut « embellir » le monde. Il ne faut pas se contenter « d’être » il faut « devenir »… On remplit le vide avec de jolis concepts (communauté, transcendance, destinée, action, honneur…) pour en définitive ne rien dire du tout.

On voit bien que ce texte a été rédigé par des lecteurs d’Alain de Benoist. On sera déçu de ne pas trouver le moindre hommage, ou ne serait-ce que la moindre allusion à Notre-Seigneur-Jésus-Christ, étant donné que l’Institut Iliade est présidé par Philippe Conrad, proche de Renaissance Catholique
Voilà qui est fort dommage.

Nouvelle Droite paganisme écologie

A ce manifeste s’ajoute celui sorti en 2023 intitulé La Nouvelle Droite au XXIème siècle : orientations face aux années décisives, dans lequel on retrouve les mêmes phrases creuses au service d’un discours qui se veut élitiste mais en même temps modeste et proche du peuple. Contrairement aux textes très incisifs issus de La Nouvelle Droite des années 70-80, les deux manifestes censés nous faire comprendre que le combat continue, sont beaucoup plus policés et consensuels. Nous avons tout de même eu droit au sempiternel : « Contre l’ordre moral, qui confond norme sociale et norme morale, il faut maintenir la pluralité des formes de la vie sociale, penser ensemble l’ordre et sa transgression, Apollon et Dionysos. » p 46 ; ainsi qu’au très original : « Microcosme et macrocosme s’interpénètrent et se répondent. Nous rejetons donc la situation entre l’être crée et l’être incréé, tout comme l’idée que notre monde ne serait que le reflet d’un arrière-monde ». p 55.

Nous souscrirons pour l’occasion au diagnostic proposé par le néo-païen Philippe Baillet :

« Sous la direction d’Alain de Benoist, qui aura été, bien plus que le chef d’une véritable école de pensée, une espèce d’éponge très absorbante de tout ce que le monde intellectuel a produit depuis plus d’un demi-siècle,  la Nouvelle Droite a su, tout comme le Front National devenu le Rassemblement National, durer en se déradicalisant de plus en plus. Elle ne manque d’ailleurs jamais une occasion de vanter sa propre longévité. Mais durer est-il une fin en soi ? »

Philippe Baillet, Racialisme, Esthétisme, Nouvelle Droite, (Le Tocsin Blanc), 2024, p 98.

Nietzsche en train de péter un câble avant de partir crever dans un hôpital psychiatrique

Ne faisant décidément pas dans l’originalité et n’apprenant rien des erreurs philosophiques de ses prédécesseurs, l’Institut Iliade s’obstine à promouvoir les mêmes auteurs et les mêmes idées délétères. En tête d’affiche on retrouve évidemment Friedrich Nietzsche, dont les textes furent compilés en 2020 par Pierre-Marie Durand :

« Qu’est-ce qui est bon ? Tout ce qui exalte en l’homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance elle-même (…) Périssent les faibles et les ratés : premier principe de notre amour des hommes. Et qu’on les aide encore à disparaître ! Qu’est-ce qui est plus nuisible que n’importe quel vice ? La pitié qu’éprouve l’action pour les déclassés et les faibles : le christianisme. »

Cité dans Friedrich Nietzsche : l’avenir des Européens, (La Nouvelle Librairie), 2020, p 166-167.

Ernst Jünger

On peut citer un autre écrivain ayant inspiré bon nombre de néo-droitiers, il s’agit du national-bolchevique Ernst Jünger. Son œuvre fut fortement marquée par la figure luciférienne du « Travailleur », l’homme nouveau à venir, aussi bien libéré d’un matérialisme abrutissant  que des souvenirs d’un passé à jamais révolu (le christianisme). Dans une lettre datant de 1977, il tenait ces propos pour le moins inquiétants :

« Nietzsche et Heidegger attendent l’apparition des dieux. Au point où nous en sommes, il va bien falloir que nous nous avancions en direction des dieux. Il est vrai qu’il faudrait aussi quelque chose vienne de l’Autre Côté. Que les dieux aussi se rapprochent de nous. »

Cité par Alain de Benoist dans Ernst Jünger : entre les dieux et les titans, (Via Romana), 2020, p 129.

Antoine Dresse

L’un des disciples de Dominique Venner se nomme Antoine Dresse. Il a remis Carl Schmitt au goût du jour dans un court essai intitulé  Le Réalisme politique. L’ouvrage est centré sur deux autres célèbres penseurs politiques, à savoir Nicolas Machiavel et Thomas Hobbes (qui fut proche en son temps de la puissante secte antichrétienne des Rose-Croix).* La « pensée » de Machiavel est d’une pauvreté extrême. Il suffit de lire Le Prince pour s’en faire une idée. Antoine Dresse semble la trouver stimulante :

« Une religion peut porter les hommes à des actions grandioses, mais elle peut aussi les rendre si humbles qu’ils en viennent à mépriser le monde et à étouffer leur désir naturel de s’élever. Tel est d’ailleurs le reproche qu’il adresse au christianisme. »

Antoine Dresse, Le Réalisme politique, (La Nouvelle Librairie), 2024, p 17-18.

*Pour un regard critique et autrement plus pertinent sur Thomas Hobbes, nous renvoyons le lecteur à la Réfutation des Matérialistes et des Déistes de Saint Alphonse de Liguori et au Siècle des Rose-Croix d’Alain Pascal.

Le message proposé dans cette étude est simple : on ne fait pas de la politique avec de la morale. Machiavel, Hobbes et Schmitt, penseurs « réalistes » avaient raison. La vie consiste en une guerre perpétuelle du « tous contre tous ». L’homme est méchant. L’homme est esclave de son « état de nature ». Autant faire avec. N’importe qui peut tuer n’importe qui. A partir de ses réalités indiscutables, fruit d’une réflexion très subtile, on peut faire de la « politique ».

Signalons que les références de ces penseurs étaient assez discutables, puisque Machiavel obéissait au puissant Laurent de Médicis, et Hobbes à l’impitoyable exterminateur de catholiques Oliver Cromwell (bien qu’il s’en soit défendu). Leur anticatholicisme était, dans tous les cas, leur marque de fabrique. Quant à Carl Schmitt, il fut très impliqué dans la politique nationale-socialiste de son temps malgré des revirements de circonstance ultérieurs qui n’ont pas été clarifiés. Une réflexion intéressante à son sujet, exprimée de manière un peu maladroite, a été formulée par Jacques Maritain avec lequel il avait entretenu des rapports plus ou moins cordiaux :

« Je ne pense pas que des formules de Carl Schmitt nous découvrent l’essence du politique lui-même, non ! Mais elle nous découvrent l’essence de la politique païenne et des fondements de l’empire païen, elles nous découvrent l’essence de cette terrible réalité qu’est le politique séparé de la Loi éternelle et des énergies vivifiantes du Christ, le politique tel que l’esprit du monde le met en œuvre, et avec quel entrain, et avec quelle férocité ! »

Jacques Maritain cité par Alain de Benoist dans La Puissance et la Foi, (Krisis), 2021, p 89.

Alain de Benoist cite également dans son étude cette remarque du « catholique » Carl Schmitt. Elle a de quoi nous laisser songeur : «  Pour moi le christianisme n’est pas, en premier lieu, une doctrine, ni une morale, ni même (excusez) une religion ; il est un événement historique. » (p 97).

Nicolas Machiavel

Revenons un instant vers Machiavel puisqu’un autre auteur de l’Institut Iliade lui a consacré un essai. Il y citait très favorablement les propos suivants :

« Pour quelles raisons les hommes d’à présent sont-ils moins attachés à la liberté que ceux d’autrefois ? Pour la même raison, je pense, qui fait que ceux d’aujourd’hui sont moins forts. Et c’est, si je ne me trompe, la différence d’éducation fondée sur la différence de religion. Notre religion, en effet, nous ayant montré la vérité et le droit chemin, fait que nous estimons moins la gloire de ce monde. Les païens, au contraire, qui l’estimaient beaucoup, qui plaçaient en elle le souverain bien, mettaient dans leurs actions infiniment plus de férocité (…) La religion païenne ne déifiait que des hommes auréolés de gloire terrestre : des capitaines d’armées, des chefs de république. Notre religion glorifie plutôt les humbles voués à la vie contemplative que les hommes d’action. Elle place le bonheur suprême dans l’humilité, l’abjection, le mépris des choses humaines ; et l’autre, au contraire, faisait consister le souverain bien dans la grandeur d’âme ; la force du corps et dans toutes les qualités qui rendent les hommes redoutables. Si la nôtre exige quelque force d’âme, c’est plutôt celle qui fait supporter les maux que celle qui porte aux fortes actions. Il me paraît donc que ces principes, en rendant les peuples plus débiles, les ont disposés à être plus facilement la proie des méchants. »

Cité par Valerio Benedetti dans Nicolas Machiavel : la patriote aux vertus romaines, (La Nouvelle Librairie), 2024, p 42-43.

Nouvelle Droite paganisme écologie
Nicolas Machiavel

Le catholique Godefroid Kurth avait pourtant tracé un portrait fort probant de celui que certains appelaient « le naïf de Florence » :

« Voyez ce profil démesurément affiné, ce museau cruel de renard et de fouine, où se traduit, avec la bassesse sanguinaire des instincts, l’étonnante acuité de l’intelligence : vous vous surprendrez à frissonner, et vous aurez hâte de vous détourner avec une impression de malaise et d’effroi (…) Il n’est pas nécessaire de dire qu’il n’a pas eu plus de mœurs que de foi, et que ce contempteur presque démoniaque de l’Église et de la papauté a mené une vie privée qui n’est qu’un tissu d’opprobres. »

Godefroid Kurth, L’Église aux tournants de l’histoire, (Téqui), 1976, p 145-146.

Nouvelle Droite paganisme écologie

Un mot au sujet d’Henri Levavasseur, spécialiste des « indo-européens ». Il s’est permis de citer Jean de Viguerie dont il apprécie le travail, pour ensuite mieux le dénigrer. En effet Levavasseur reproche à l’éminent historien d’avoir tenu un discours trop catholique :

«Le propos de Viguerie n’est donc ni désespéré, ni désespérant.  Il trouve cependant ses limites dans une forme de sortie assumée de tout horizon « politique », dans la mesure où sa vision des communautés appelées à « conserver l’héritage » semble exclusivement fondée sur la pratique des vertus chrétiennes : « qu’est-ce que vivre ? C’est nous conduire en êtres humains doués de raison et créés à l’image de Dieu ; c’est prier, étudier, servir nos proches, secourir les malheureux, cultiver l’amitié, célébrer les événements heureux, et bannir la tristesse et la désespérance. » Ces conseils sont sans doute fort bons, mais peuvent s’appliquer en tout temps et en tous lieux : universels comme la foi catholique et la mission de l’Église, ces principes ne nous disent rien de la manière dont il convient pour réconcilier ethnos et polis. »

Henri Levavasseur, L’identité, socle de la Cité, (La Nouvelle Librairie), 2021, p 30- 31.

Nouvelle Droite paganisme écologie
Henri Levavasseur

On nous expliquera que la faute en incombe aux mauvais prêtres et au modernisme … Nous n’en croyons rien. Ces gens méprisent en toute connaissance de cause le message évangélique et la morale chrétienne. La vie des saints les indiffère. L’histoire de l’Église n’est à leurs yeux qu’une sombre histoire de « politique réaliste ». Le christianisme n’est qu’un universalisme uniformisant et avilissant, au même titre que la philosophie des Lumières, le communisme et le mondialisme qui en ont été les émanations logiques. C’est le fond même de leur message, ne nous y trompons pas :

« Saint Paul disait qu’aux yeux de Dieu, il n’y a plus « ni Juif ni Grec, ni homme ni femme « . Les déconstructionnistes, eux, veulent réaliser ce programme sur Terre, ici et maintenant ; plus de différences entre les sexes, entre les peuples, entre les espèces. Toujours plus d’indifférenciation. Un monde « unifié », uniforme, soumis à une gouvernance mondiale. Un rêve de mort. »

Alain de Benoist, Contre l’esprit du temps, (La Nouvelle Librairie), 2022, p 661.

Nous avons éprouvé une vive douleur en lisant ces intellectuels à la vision incroyablement limitée, qui s’obstinent comme des rabbins à nier les vérités les plus fondamentales en multipliant les théories fumeuses et les explications caricaturales qui ne mènent nulle part. Pour en revenir à Henri Levavasseur, il préfère nous inviter à « chevaucher le tigre » avec Evola, Nietzsche, Heidegger, Carl Schmitt et Dominique Venner. Rien de tel qu’un programme aussi affriolant pour sauver l’Europe! Définissons d’ailleurs cette curieuse expression avec l’aide d’un franc-maçon :

« Chevaucher le tigre est une expression taoïste : si l’on réussit à chevaucher un tigre, on l’empêche de se jeter sur vous et de vous dévorer et, mieux encore, si l’on maintient la prise on rend le fauve docile, «amoureusement serviable », telle une femme, d’abord agressive, que les caresses domptent bientôt. »

Jean-Claude Frère, Vie et mystère des Rose-Croix, (Mame), 1973, p 209.

Comme nous l’explique par la suite Levavasseur, il faudrait impérativement redevenir « Grecs» si nous voulons vraiment réconcilier « ethnos » et « polis« , renouer avec notre « ethos« , faire s’amorcer le « vaterländische Umkehr« , saisir le « kairos« , être conforme au « mos majorum« , maîtriser la « technê« , pour être « in der Welt » et pour lutter contre le « Seinsvergessenheit« . Tout cela est peut-être un peu compliqué…

Adriano Scianca

Un autre visionnaire, Adriano Scianca, a publié dernièrement  Europe versus Occident (La Nouvelle Librairie). L’auteur, qui écrit dans une revue au nom évocateur (Prometheica), se contente de ressasser les mêmes platitudes intellectuelles, nous laissant entendre de manière ambiguë que l’Occident de Georges Soros et de Joe Biden est bien l’Occident chrétien ayant atteint son stade de mutation final :

« Sommes-nous des Occidentaux ? Non, parce que nous rejetons cette catégorie et son contenu, nous connaissons son histoire, nous avons démêlé ses présupposés idéologiques. » (p 47).

En face de cet Occident se dresse « l’Europe traditionnelle » (comprenez pagano-indo-européenne) encore balbutiante, à la recherche de repères solides pour assurer sa grande restauration spirituelle. Scianca nous résume cela dans une formule très poétique digne d’un Jean Parvulesco :

« C’est plutôt l’Europe qui est malade, d’un mal qu’elle a elle-même engendré et dont elle doit sortir, en traversant les ténèbres de son propre oubli pour revoir le nouveau soleil. » (p 76).

Il daigne nous proposer quatre valeurs sûres pour entamer notre résurrection : Nietzsche, Thiriart, Evola  et Drieu la Rochelle. Incroyable mais vrai : il n’est pas fait mention de René Guénon dans cette liste ô combien originale.

Johannisme Saint Jean Baptiste Histoire de la Magie Eliphas LéviJohannisme Saint Jean Baptiste Histoire de la Magie Eliphas Lévi
Pierre Drieu la Rochelle

Pierre Drieu la Rochelle était un excellent écrivain à la pensée intéressante. Mais il fut malheureusement trop obnubilé, comme tant d’autres, par les chimères destructrices de son époque. Il était aussi un véritable érotomane à la masculinité douteuse (lire par exemple L’homme couvert de femmes, Une femme à sa fenêtre ou Rêveuse bourgeoisie…) Il fut l’auteur d’un véritable chef d’œuvre intitulé Gilles, magnifique roman fleuve auquel on pourrait ajouter ses très belles critiques littéraires (hélas trop subversives) compilées chez Gallimard sous le titre Sur les écrivains. Drieu y dévoilai ses bonnes connaissances en matière de gnose et d’occultisme, notamment dans son analyse de l’œuvre du dandy luciférien Charles Baudelaire :

« Le luciférisme se rattache aussi à la Kabbale. D’après le Zohar, rien n’est mauvais dans le monde. Simplement (comme dans la gnose) le monde est un épaississement progressif de l’essence divine, à mesure que, par degrés, l’émanation s’éloigne du centre qui émane. Satan représente l’épaississement dernier, le fond de la matière. Mais comme il y a un mouvement de remontée en même temps qu’un mouvement de descente, Satan, avec la matière, avec l’animal, avec l’homme, remonte vers Dieu. Du reste, la Kabbale n’est qu’une adaptation juive du gnosticisme, du néo-platonisme, du platonisme (tous ceux qui s’inspirent de l’évangile de Saint Jean). Les joannites sont près des lucifériens, en ce qu’ils destituent le Christ de son tout-puissant pouvoir de salut et attendent d’un autre personnage, le Paraclet ou Saint-Esprit, le salut final. Léon Bloy était atteint de joannisme. Toutes les grandes hérésies du Moyen-Age et toutes les doctrines secrètes de l’Occident touchent au joannisme. »

Pierre Drieu la Rochelle, Sur les écrivains, (Gallimard), 1964, p 333.

Pierre Drieu la Rochelle

Sous l’influence de textes sacrés hindous qu’il était en train de découvrir (« Je vais mourir à la limite du védantisme et du bouddhisme, à la limite du Samskya et du Madhyamika »), Drieu la Rochelle finit par s’auto-gazer dans son appartement parisien, ce qui est plutôt ironique pour un polémiste anti-juif. On peut néanmoins se demander si le malheureux ne fut pas assassiné pour des raisons obscures, comme son ami Robert Brasillach … Avant de se suicider, Drieu rédigea des Notes pour un roman sur la sexualité dans lesquelles il y révélait son obsession pour l’inceste, le sadisme, la pédérastie, l’onanisme et la sodomie. On comprend mieux la fascination qu’éprouvent à son égard les guerriers cosmiques de la « tradition » :

« Complètement anarchiste et athée, il voyait dans les jouissances un moyen de destruction qui précédait de peu la blessure, l’agonie et la mort. Païen éperdu, il découvrait dans l’expérience le fondement de l’idée de péché : la souillure et l’excès. Dieu était un démon, cruel et raffiné dans ses cruautés, poussant les hommes à coups de fouet vers le culte de la mort. »

Pierre Drieu la Rochelle, Notes pour un roman sur la sexualité, (Gallimard), 2008, p 69.

Romantique invétéré, socialiste-fasciste ayant milité pour une alliance germano-russe afin d’endiguer le flot meurtrier du bolchevisme et du capitalisme, Drieu était considéré comme un prophète par les eurasistes Jean Parvulesco et Jean Thiriart (et plus récemment par Christian Bouchet et Robert Steuckers). A travers un discours très fluctuant, Drieu affichait l’ambition synarchique d’assister à la synthèse capitalisto/marxiste qui engendrerait la société de demain :

« Assumant l’ampleur de son paradoxe, il précise que les éléments les plus mordants du capitalisme dessinent un communisme qui, d’ailleurs, ne sera pas celui des communistes, mais celui que la vie nous assignera, une fantaisie surprenante. »

Thomas Gerber, Drieu la Rochelle : l’Europe avant tout, (La Nouvelle Librairie), 2022, p 93.

« Drieu appelle de ses vœux ce renversement du sens de l’histoire. Il l’assimile totalement avec le retour d’un élan vital créateur d’une nouvelle Église, d’une nouvelle mystique. »

Jeremy Baneton, Pierre Drieu la Rochelle : Le rêve ou l’action, (La Nouvelle Librairie), 2024, p 27.

Le très viril David Engels, a récemment proposé le même programme ambitieux, nous exhortant à adopter ce qu’il appelle « l’hespérialisme » pour sauver l’Occident du déclin. Il s’agit d’une espèce de fusion alchimique, inspirée d’Oswald Spengler et de Martin Heidegger, réunissant l’héritage de l’Occident médiéval et les acquis hyper-techniques de la révolution industrielle. Un néo-conservatisme assez mal défini en somme :

David Engels

« Et surtout, la véritable résolution des questions civilisationnelles posées d’une manière si antagoniste ne peut être fournie par un simple retour aux origines, mais plutôt par une synthèse qui transcende et sublime les conflits historiques. »

David Engels, Défendre l’Europe civilisationnelle : petit traité d’hespérialisme, (Salvator), 2024, p 69.

On notera que le néo-christianisme mis en avant par Engels dans son essai n’est pas universaliste mais exclusiviste, voire élitiste.

Fausse opposition à l’esclavage mondialiste, mais vraie force subversive antichrétienne dont nous espérons avoir tracé un portrait relativement exhaustif, La Nouvelle Droite aura apporté sa considérable contribution à l’édification d’une Nouvelle Babel, le projet inhumain des serviteurs de Lucifer. Pratiquement tous les faux « dissidents » actuels prétendant « lutter contre le Nouvel Ordre Mondial » sont plus ou moins issus de cette mouvance corrosive, tenant des discours ésotériques, gnostiques, néo-païens, pérénialistes, et même marxistes, mélangés à des analyses parfois intéressantes qui leurs servent uniquement de paravent. Puisqu’il faut en priorité « combattre ce qui nous nie » il est évident que s’allier avec ces gens constitue une grave faute intellectuelle, doublée d’un véritable suicide spirituel.

Philippe Ploncard d’Assac

Saluons au passage l’essayiste Philippe Ploncard d’Assac qui avait déjà tout dit il y a vingt ans de cela :

« Le phénomène de la Nouvelle Droite athée, gnostique et para-maçonnique, n’a rien de nouveau, il n’est qu’une énième application des méthodes de l’adversaire pour détourner le sens du combat contre les faux principes issus de la Révolution maçonnique de 1789. Cette Nouvelle Droite n’a pas de doctrine, mais agite un fatras d’idées contradictoires, souvent empruntées à des auteurs étrangers, comme par refus de notre héritage. Elle n’est ni nouvelle, ni de droite, mais ressasse avec la complicité de ses compagnons de route toutes les hérésies, toutes les turpitudes anciennes, au profit de la Révolution mondiale. »

Philippe Ploncard d’Assac, Enquête sur la Nouvelle Droite, (Société de Philosophie Politique), 2003, p 143.

Il faut prier pour la conversion de ces hommes obstinés et aveugles qui sévissent depuis plus d’un demi-siècle en promouvant leurs valeurs ridicules et leurs idées destructrices. Pierre-André Taguieff, qui est plutôt favorable à Alain de Benoist, avait d’ailleurs observé que c’était bien grâce aux esprits restés fidèles au catholicisme traditionnel que l’idéologie néo-droitière n’avait que partiellement réussi son travail de sape :

« Le déclin du G.R.E.C.E. à partir de 1980 peut ainsi, sans manquer à la vérité, être attribué à la résistance opposée par la culture catholique, en France, à toute doctrine politique dérivant de prémisses matérialistes ou scientistes. »

Pierre André Taguieff, Sur la Nouvelle Droite, (Descartes et Cie), 1994, p 233.

Saint Epiphane

Nous ferons maintenant place à Saint Irénée de Lyon et Saint Épiphane de Salamine qui concluront pour nous :

« Où donc trouve-t-on leur mythologie ? Où cette envie qu’ils ont de créer des chimères, pareille à une envie de femme enceinte ? D’où vient l’ivraie semée dans le monde ? Qui a forcé les hommes à attirer la ruine sur eux-mêmes ? Car si c’est en connaissance de cause qu’ils ont transformé ces noms en fantômes, ils se sont manifestement rendus responsables de leur propre perte ; et si c’est par ignorance qu’ils ont dit des choses qu’ils ne savaient pas, il n’y a pas plus malheureux qu’eux. Car ce sont là des choses véritablement stupides, comme peut le voir tout homme qui a acquis de l’intelligence en Dieu. Pour la luxure ils se sont perdus et se perdent eux-mêmes avec ceux qui les écoutent. »

Saint Epiphane de Salamine, Panarion : Hérésies 1 à 25, (Cerf), 2023, p 630-631.

Saint Irénée

« Telle est la manière spécieuse dont, jusqu’ici, ils ont échafaudé leurs conjectures à partir de toute la psychologie humaine, des mouvements de l’intellect, de la production des pensées et de l’émission des paroles, afin de pouvoir ensuite mentir contre Dieu au mépris de toute vraisemblance (…) Par là ils paraissent dire des choses séantes aux yeux de ceux qui ignorent Dieu, et c’est ainsi que, à partir de tous ces phénomènes humains, ils égarent l’esprit de ces gens. »

Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, (Cerf), 2001, p 180.

 

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