Brigitte Bardot, agent malgré elle de la subversion culturelle, par François-Xavier Rochette

Brigitte Bardot, la créature de Lazareff

Article de François-Xavier Rochette, paru dans RIVAROL n°3689 du 24 décembre 2025

Il est inutile ici de parler de feu Brigitte Bardot à la façon dont tout le monde en parle, ou de répéter ce que tout le monde sait à son sujet. J’essaie habituellement, d’ailleurs, de traiter les sujets que j’aborde dans le but d’explorer leurs aspects peu médiatisés, non pour faire preuve d’originalité mais pour dévoiler ce que je pense être les causes profondes des phénomènes qui ont piqué ma curiosité.

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Que Brigitte Bardot soit une icône, comme nous le serinent la journaillerie et les ânes qui mangent tout contents de son foin, je le conçois et je veux bien le croire. Il faut dire que l’actrice a longtemps fait saliver les hommes et les adolescents feuilletant en cachette les magazines exposant Brigitte en maillot de bain, Brigitte en mini-jupe, Brigitte en mini-short, Brigitte en cuissardes, et enfin Brigitte nue.

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Elle aurait incarné le glamour français, la séduction, la sensualité aux pieds nus, et, c’est davantage vrai, le sexe « libre » et la dynamiteuse de tabous au service du libertinage et du coït gratuit.

De sa première couverture pour Elle à celle du magazine Lui, B.B. aura montré tout d’elle-même alors que le grand media, écrasant par son ubiquité, en fit l’actrice numéro un de France et même d’Europe.

Quant aux compétences artistiques de Bardot, je laisserai le soin à chacun d’entre nous de les évaluer. Si elles m’échappent, je peux cependant comprendre que des hommes et des femmes puissent être sensibles à une frimousse devenue familière grâce à la magie du cinéma, de la télévision, du papier glacé etc.

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Ajoutons que le caractère sulfureux de l’ancienne actrice fut, après la fin précoce de sa carrière, lissé par son engagement animaliste, en premier lieu par ses premiers câlins sur un bébé phoque dont les prises de vue firent le tour du monde. Ce recyclage ne signifiant nullement que Brigitte Bardot n’était pas passionnément une militante de la cause animale. Ce que nous voulons simplement souligner est que sa nouvelle activité lui a donnée une image autre de ce qu’elle était auparavant, du moins aux yeux des enfants des boomers qui ont connu un autre cinéma, une autre télévision, d’autres actrices plus impudiques encore dans les années 1980-1990.

Mais voilà, Brigitte Bardot n’a pas incarné une époque, une nouvelle époque, elle a participé à sa création bien avant l’émergence de l’esprit de 1968. Ou, si l’on peut dire, elle l’a incarnée avant même qu’elle ne prenne toute sa mesure.

Une vedette pour les Boomers

Bardot fut en effet l’une de ces jeunes vedettes qui ont incité la génération du Baby-Boom à vouloir vivre autrement, à abandonner dans leur cœur l’héritage de la « vieille » France, son terreau catholique et rural, ses traditions et ses mœurs. Le quotidien suisse Le Temps, dans sa nécrologie, a même pu considérer la starlette comme le « corps radioactif » d’une « mutation anthropologique ». D’autres journalistes parlent « d’incendie sociétale », de « révolution laïque », ou encore de la victoire « de la ville sur la campagne ».

Assurément, la jeune fille d’alors, qui représentait la femme objet par excellence, n’était pas le seul moteur de la transformation sociétale qui liquéfia la France. Dans les domaines du livre, de la chanson, de la politique, d’autres figures s’illustrèrent par leur inventivité immorale. Et d’autres acteurs contribuèrent au pourrissement fulgurant de la société, en particulier de l’institution familiale. Mais Bardot fut, certainement malgré elle, un as dans cette guerre contre la France de toujours.

On a aujourd’hui du mal à imaginer les effets délétères produits par ses films et sa médiatisation extrême sur la société. Car d’autres ont pris le relais après elle, alors qu’elle se recyclait avec les bébés phoques.

Pour mieux comprendre le phénomène Bardot, il faut cependant savoir d’où elle vient, et comment le Système (et non Dieu) a créé cette femme tout en plastique.

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Une famille de la grande-bourgeoisie

Brigitte Bardot est issue d’une famille appartenant à la grande bourgeoisie depuis plusieurs génération. Son père était l’héritier d’une importante entreprise industrielle spécialisée dans la chimie, en particulier dans les gaz dont la fabrication a longtemps nécessité la distillation de matières animales. La compagnie Bardot fut, après la Seconde guerre mondiale, rachetée par le colosse économique Air Liquide, valeur actionnariale refuge aujourd’hui.

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Pierre Lazareff

Brigitte vit le jour dans une dynastie parfaitement intégrée dans l’élite hexagonale, et ses parents avaient la ferme intention de consolider ses positions dans ce marais. Leur amitié entretenue avec l’homme de presse, mais aussi de théâtre (par l’entremise de Philippe de Rothschild) et bientôt de télévision, Pierre Nathan Lazareff, semble avoir été très précieuse dans le succès de leurs ambitions, y compris pour celles qu’ils entretenaient pour leur fille aînée. Une promiscuité mondaine mais aussi géographique puisque le couple Bardot possédait une résidence à Louveciennes, c’est-à-dire là-même où Pierre et Hélène Lazareff organisaient, tous les dimanches, leurs grandes sauteries teintées de libertinage qui sélectionnaient toutes les élites du pays, qu’elles soient artistiques, économiques, journalistiques ou politiques.

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Il ne faut cependant pas se leurrer : ce sont Lazareff et ses amis qui choisissaient qui pouvaient faire partie de cette élite et de leurs réseaux dont tout indique qu’ils étaient inextricablement liés aux services secrets américains et en particulier à l’un de leurs secteurs en plein boum dès 1945, celui du soft power. C’est un fait qui n’a rien de farfelu.

Pierre Lazareff, agent américain ?

L’offensive culturelle américaine sur toute l’Europe de l’ouest, et en particulier sur la France, est une réalité. Il est tout aussi vrai cependant que les analystes et les historiens se montrent très souvent pusillanimes quand il s’agit d’étudier les instruments de domination culturelle fabriqués et utilisés par les agents travaillant au service de l’Oncle Sam.

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La stratégie impérialiste américaine n’a jamais été réduite à la seule production de fictions et de chansons créées sur le sol américain car le meilleur moyen de modifier la culture d’un grand pays ou d’une civilisation est de les subvertir de l’intérieur en promouvant des produits locaux qui seront considérés comme modernes, avant-gardistes ou libres mais jamais, directement, comme des éléments étrangers.

Pour le cas Bardot, sa proximité avec Lazareff explique la naissance d’une star.

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Pourquoi Pierre Lazareff est-il si important dans l’amorce de sa carrière et de ses prolongations ?

Lazareff, né dans une famille fortunée, n’avait pas le goût des études mais, dès son plus jeune âge, celui de la presse et du divertissement. Loin d’être stupide, il comprit très vite à quel point l’activité journalistique et sa grosse diffusion comptaient en terme de pouvoir. Il n’eût pas grand mal pour percer dans le milieu et fut rapidement soutenu par l’industriel et magnat de la presse Jean Prouvost pour lequel il allait diriger avant-guerre une grande publication, Paris-Soir.

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Jean Prouvost

Néanmoins, l’élément le plus troublant, ou le plus significatif, dans la biographie de Pierre Lazareff, est sans nul doute son appartenance officielle, avouée, documentée, à l’Office de l’information de guerre (Office of War Information) qui n’est d’autre que l’ancêtre de la CIA.

Un haut responsable des services secrets américains

Dès 1940, il rejoint New-York pour se mettre au service de la propagande américaine, avant de rejoindre Londres pour prendre la tête de l’American Broadcasting System in Europe où il dirige les émissions radiophoniques à destination de l’Europe occupée. En 1945, il retourne à Paris pour diriger le nouveau quotidien France-Soir, d’emblée très américanophile, qui deviendra très vite le premier journal distribué en France. Le capital de la publication est colossal et Lazareff lui-même est entouré en permanence de six secrétaires personnelles. La même année, il met son épouse (Hélène Gordon-Lazareff) à la tête d’un nouveau magazine qu’il dirige officieusement, Elle.

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En 1949, Lazareff embauche la fille de ses amis, Brigitte, pour faire la Une du magazine avec sa mère. Les deux femmes sont censées symboliser la libération du beau sexe par le travail et le pantalon moulant.

Personne ne nie aujourd’hui l’influence extraordinaire de Elle, et de toutes les revues qui se sont inspirées de son modèle, dans le phénomène de « libération sexuelle » des Français de la génération du Baby-boom.

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Bien sûr, Brigitte Bardot, plus précisément ses agents, ont inventé un story telling à partir de cette couverture qui expliquerait sa primitive notoriété dans le monde des élites. Ainsi, selon la légende, la première couverture de Brigitte pour Elle (elle avait 14 ans), expliquerait l’intérêt soudain des cinéastes (qui l’aurait découverte grâce au magazine de Lazareff) pour elle.

Selon le récit autorisé de sa biographie, le cinéaste Marc Allégret se serait émerveillé devant la frimousse de mademoiselle Bardot. Narratif peu convaincant puisque Allégret était un membre des dimanches de Louveciennes organisés par Lazareff.

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Marc Allégret et le pédéraste André Gide

La Tribu gidienne

Marc Allégret, il faut le savoir, a été éduqué dès le début de son adolescence par le pédéraste André Gide. Cette relation est prouvée par les lettres échangées par l’enfant et l’écrivain. Au demeurant tous les frères de Marc ont connu l’initiation de Gide. Gide et ses amis parlèrent, à propos, de la tribu gidienne pour évoquer la fratrie Allégret passée tout entière sous les fourches caudines du pédéraste (plus graveleux encore, le précepteur d’André Gide fut le père de Marc Allégret).

Le premier assistant de Marc Allégret, lui aussi ami intime d’André Gide, était Roger Vadim. Le premier mari, de Bardot Brigitte qui avorta clandestinement, selon elle, du fruit de ses entrailles à 16 ou 17 ans. Vadim fut aussi une icône du libertinage que l’on asséna à la génération du baby-boom.

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Mariage de Brigitte Bardot et Roger Vadim en décembre 1952

Continuons d’examiner la trajectoire de notre femme objet par son insolente médiatisation voulue par Lazareff. Ce dernier était aussi un pionnier de l’actualité télévisée, et il fut, dans ce domaine, le concepteur de la première émission télévisée d’information et de reportages, Cinq colonnes à la une, (qu’il produit avec Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère) et dont la première diffusion aura lieu le 9 janvier 1959. Or, devinez qui participe à la première émission (à partir de 29:30), le 9 janvier 1959, de ce grand spectacle télévisé ? Brigitte Bardot bien sûr (note de l’INA : Réalisateur : Igor Barrère Producteurs : Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet, Igor Barrère Présentateurs : France Roche, Pierre Dumayet, Pierre Desgraupes Participants : Alain Bombard, Brigitte Bardot, Yves Montand, Sami Frey, Pascale Audret, Yves de Gaulle, Jean de Gaulle) !

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De quoi parle-t-on au cours de cette émission ? De ses films interdits aux moins de 16 ans et de son père qui l’aurait en quelque sorte préparée au métier pour l’avoir filmée régulièrement dans toutes les situations depuis ses premiers mois de vie jusqu’au commencement de sa carrière. Afin d’illustrer cette passion paternelle, Lazareff et son équipe diffuse l’un de ses petits films où l’on voit une Brigitte âgée de 5 ans embrasser vigoureusement sur la bouche un garçonnet du même âge. Et les deux de s’enlacer et de se rouler, collés l’un à l’autre, dans l’herbe.

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Le père aurait exigé de multiples prises de ces scènes qui n’ont rien de mignon, comme d’aucuns pourraient le croire, mais relèvent d’un jeu d’adultes parfaitement déplacé. L’ancien petit garçon devenu un homme de 26 ans, invité sur le plateau de Lazareff, osa d’ailleurs lâcher (l’émission était en direct) que le père Bardot l’avait frappé lors de ce tournage, décidément très malsain.

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Un enfant médiatique puis abandonné

Un an après cette première émission, Bardot devint à nouveau la vedette de Cinq colonnes à la Une, après la naissance de son unique enfant (elle accouche le 11 janvier 1960), Nicolas Charrier (qu’elle rejettera, en réalité, totalement).

Mais devinez qui fut le parrain de cet enfant-objet dépourvu d’amour maternel ? Pierre Lazareff bien sûr !

A partir du début des années 1960, Bardot est quasi quotidiennement évoquée dans les journaux, en particulier dans France-Soir (près de deux millions d’exemplaires vendus par jour à la fin des années 1960) et France-Dimanche, tous les deux appartenant à Pierre Lazareff. On dit que les Français s’intéressaient à la vie intime de l’actrice.

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Alors que Bardot est toujours mariée à Jacques Charrier, les tabloïds subliment sa liaison avec le comédien Sami Frey et ses autres « flirts » : Glenn Ford, Bob Zagury. Sans oublier son mariage éclair, en 1966, avec Gunter Sachs. Enfin, toujours avant mai 1968, son histoire avec Gainsbourg, un connaisseur en matière de subversion, doit être connue de toute la France.

La dernière ligne droite d’une propagande sociétale explosive avec des chansons américanolâtres comme Harley Davidson, Bonnie and Clyde ou le très équivoque Comic strip. C’est encore en 1967 que l’homme à la tête de choux sort l’album et le titre Initials B.B. Une chanson, d’amour dit-on, qui dépeint une Bardot pour le moins sulfureuse :

Tandis que des médailles
D’impérator
Font briller à sa taille
Le bronze et l’or
Le platine lui grave
D’un cercle froid
La marque des esclaves
A chaque doigt

Des mots certainement un peu cruels mais qui résument peut-être le rôle de ce personnage dans la France d’après-guerre, colonie américaine.

François-Xavier Rochette.

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