Les bonnes affaires de Jean Messiha, par François-Xavier Rochette [RIVAROL]

« La politique exige de nous de la droiture, de la loyauté, de l’honnêteté. » Marine Le Pen, 2022.

Jean Messiha escroc cagnotte sioniste

FRANCHEMENT, Jean Messiha aurait été moins scandaleusement ridicule s’il avait fait un appel aux dons auprès du public dans le but explicite de financer de nouveaux costumes très onéreux (qu’il chérit tant), des restaurants ou je ne sais quelle voiture ou je ne sais quoi d’autres participant à ses « frais de représentations » plutôt que d’avoir commis ce que tout le monde ou presque l’accuse ; soit d’avoir lancé une cagnotte destinée aux deux veuves des deux agents pénitentiaires assassinés le 14 mai 2024 par un gang ayant attaqué le fourgon blindé pour libérer le caïd Mohamed Amra, et de n’avoir jamais versé l’argent aux malheureuses endeuillées.

LA CAGNOTTE ? QUELLE CAGNOTTE ?

Les semaines, les mois, les années ont passé et pas un centime n’a été perçu par ces dernières qui ont finalement décidé de porter plainte pour abus de confiance contre le publiciste zemmourien d’origine copte qui semble soudainement avoir recouvré la mémoire. Mais sa défense est catastrophique.

Ce Français ultra-sioniste d’origine égyptienne affirme sans ciller que c’est la plateforme qui a commis une erreur en virant les 42 000 euros de ladite cagnotte sur son propre compte, une opération qu’il n’avait pas constatée… On a beaucoup de mal à le croire puisque Matthieu Chirez, l’avocat de l’une des victimes, a déclaré le 28 mai qu’il avait contacté à plusieurs reprises ces derniers mois le coquet à propos de la disparition de cet argent, auquel il répondit, le 20 avril, que les dizaines de milliers d’euros n’étaient plus sur la cagnotte et qu’ils avaient probablement été récupérés par les donateurs !

Jean Messiah escroc cagnotte sioniste
Jean Messiha est peut-être copte mais son comportement n’est pas très catholique en tout cas…

Un gros mensonge de la part de l’ancien intervenant frénétique de CNews, la plateforme GoFundMe (l’hébergeur de la cagnotte) déclarant tout récemment que les fonds avaient été versés sur son compte le 15 mai 2024. Tout accable Messiha dans cette affaire. Les faits dans celle-ci, tout comme son comportement répétitif dans d’autres.

On apprit (par BFMTV) ainsi qu’il s’était déjà fait la main en avril de la même année en lançant une cagnotte au bénéfice d’un gérant d’un magasin Geox qui avait congédié une employée musulmane qui travaillait voilée. Il disait alors vouloir aider le gérant avec cet appel aux dons. Il récolta 60 000 euros qui ne furent jamais offerts au commerçant. Pour dire, si l’on veut user d’un euphémisme, à quel point la volonté altruiste du bonhomme n’est pas particulièrement soumise à sa propre vigilance.

Mais on ne peut relativiser l’ignominie de l’affaire de la cagnotte des deux veuves, une affaire qui a, espérons-le, achevé la carrière politique d’un profiteur interlope et nuisible. Car il est certain que ce coquet à la tête de caillou se fiche éperdument de ces deux femmes qui ne lui avaient, du reste, rien demandé. A l’évidence, le malin espérait que les victimes oublient l’existence de cette manne d’argent ou croient à ses mensonges quant aux conditions de sa disparition. C’est la raison pour laquelle il n’échangeait jamais avec elles. Plus le temps passait, plus une partie de cet argent était en mesure de rapporter quelque dividende, aussi préféra-t-il faire le mort plutôt que de communiquer sur cette cagnotte. Pis, il s’était habitué à la possession de cette somme et a essayé de mystifier les victimes et leurs avocats malgré la menace de plainte mise en avant par ces derniers.

La première impression qui ressort de cette attitude est que le haut fonctionnaire (il est énarque) est un homme vénal, excessivement vénal, attiré par ailleurs par le luxe, d’une manière irrépressible comme s’il croyait, inconsciemment peut-être, que l’or, les beaux habits et les énormes cigares allaient compenser la grossièreté de ses traits et la vulgarité de ses propos.

La seconde impression que nous avons de toute cette affaire, qui dure en définitive depuis plus de deux ans, est que Jean Messiha devait se sentir vraisemblablement sinon invincible, du moins protégé par la puissance médiatique, peu disserte sur ses combines. Pourtant, Messiha est un client ! Ce n’est en effet pas la première fois qu’il est épinglé par les autorités pour avoir trompé son petit monde à des fins lucratives.

Le 31 décembre 2021, le journal Le Monde l’avait pourtant croqué dans une petite enquête (signée Pierre Januel, Laura Motet et Ivanne Trippenbach) sur ses agissements au sein du RN auquel il avait appartenu encore un an auparavant. Mais un papier, quand bien même fût-il acide, publié le jour de la Saint-Sylvestre, ne sera pas massivement relayé. Celui sur Jean Messiha n’échappa pas à la règle.

LE CHER MESSIHA, LE TRÈS CHER MESSIHA

Quelques mois auparavant, Jean Messiha avait surpris les militants du RN et les observateurs en écorchant Marine Le Pen et ses principaux lieutenants dans une interview pour Valeurs actuelles. Où il exprima des propos très durs quant à l’amateurisme du RN qui souffrait du fait, selon lui, que les élites ne le soutenaient aucunement. « Un grand pays comme la France, dans toute sa complexité, doit être dirigé par des gens qui “savent” », soutenait l’énarque. « Les Français attendent qu’il ou elle [le ou la candidat(e) à la présidentielle] maîtrise bien les questions économiques et connaisse les rouages de l’Etat », « le simplisme est hors de propos », assurait Messiha, dans une attaque féroce contre Marine Le Pen.

Et pour, semblait-il alors, faire rager la fille de Jean-Marie, il loua la nièce Marion Maréchal qui incarnait, à ses yeux, « une droite des valeurs, fière de ce qu’elle est », d’autant qu’elle avait, disait-il, « un talent remarquable et qu’elle était très appréciée par la base : elle a aussi cette intelligence de se construire patiemment en se confrontant au réel. […] Son avenir politique ne dépend que d’elle et il est, d’ores et déjà, aussi brillant qu’elle le souhaite ». Quant à Marine Le Pen, elle ne constituait qu’ « une bouée à laquelle s’accrochent des millions de Français qui ne veulent pas couler. […] Ce que les Français espèrent, c’est un (ou une) capitaine courageux(se), mais surtout crédible, qui reprend la barre et mène le navire France vers des eaux plus bleues et plus calmes. »

Ces propos, ces tirs contre son camp, étaient en réalité un prétexte aussi bien pour Messiha que pour la direction du parti lepéniste pour expliquer son départ du RN qui était en fait motivé par une tout autre raison.

Quand il quitte le RN à la fin de l’année 2020, tout le monde pense alors que, s’il y avait de l’eau dans le gaz entre lui et la direction du RN, c’était pour des raisons idéologiques et stratégiques. Or rien n’est moins sûr.

L’ARGENT DU PLAGIAT

Selon les informations du Monde dévoilées, comme nous le disions, le 31 décembre 2021, son départ du RN aurait été provoqué par des pratiques douteuses trop longtemps tolérées par la direction du parti mariniste. « Jean Messiha était, selon plusieurs sources en interne, coutumier du plagiat. » Le Monde qui relate le vol d’une tribune de Loup Viallet parue dans Les Echos par le copte qui livra un papier pour le magazine ultra-sioniste Causeur en balançant 40 lignes du texte original.

En guise de défense, le roublard argua d’un simple oubli de guillemets. « C’est une appropriation intellectuelle complète, souligna Loup Viallet qui avait déposé plainte au pénal pour contrefaçon. Un vol de moto ou d’ordinateur est moins grave pour un auteur que le fruit de son travail. Quand on se revendique patriote, on ne pille pas ses compatriotes et on respecte la loi. Cela se réglera entre lui et la justice. »

Jean Messiha fut également accusé par la Commission Nationale des Comptes de Campagne (CNCCFP) d’avoir été rémunéré pour des notes qui n’étaient en fait que des plagiats ou des copies de ses anciens travaux dans le cadre de la campagne électorale pour les Européennes de 2019. « Entre le 9 janvier et le 25 mai 2019, lit-on ainsi dans Le Monde, Jean Messiha a facturé à la campagne pour les européennes treize notes et argumentaires, un coaching de Jor- dan Bardella et un déplacement à Metz pour un total de 16 200 euros. Or, sur les treize notes, neuf sont copiées, pour la plupart intégralement, de ressources déjà en ligne. »

Le Monde évoque ainsi le vol d’un papier de l’analyste libérale Nathalie Meyer, paru sur le site de BFMTV, concernant la forme des discours de Gérald Darmanin, et un « Copié-collé d’un décryptage de Randstad, groupe spécialisé dans l’intérim, avec des données datant de 2016… Jean Messiha se contente de changer la date pour 2018 ». Jordan Bardella dit avoir découvert le pot aux roses « courant 2019 » : « on s’est aperçu qu’une partie de ses travaux relevait de copiés-collés[…]. Nous avons alors décidé de prendre nos distances avec lui. »

Autre anomalie relevée par Le Monde, et qui, selon le quotidien, aurait fait réagir la commission nationale des comptes de campagne, ces contributions de Messiha « publiées sur le site du parti et signées avec son titre de délégué national aux études et argumentaires ». Les rapporteurs de la commission écrivent directement à Jordan Bardella pour essayer de comprendre en quoi ces écrits ne relevaient pas de la fonction qu’il assumait habituellement au RN et où il était salarié. Pourquoi une rémunération supplémentaire ? Pourquoi rembourser le RN avec l’argent public ? Ce à quoi Bardella aurait répondu, selon le quotidien vespéral, en octobre 2019 : Il s’agissait d’une activité « relative au fonctionnement habituel du parti » qui « n’avait pas à être retracée dans le compte de campagne ».

Enfin Le Monde révélait, il y a cinq ans, que Messiha ne pouvait déclarer les 16 000 euros à l’URSSAF et aux services des impôts puisque sa société avait disparu depuis plus de deux ans !

SALARIÉ ET INDÉPENDANT

Bizarre, vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre ! Nous ne voulons accuser personne et nous ne voulons rien insinuer, mais si le RN peut être comparé à une victime de Jean Messiha dans cette affaire, il est probable que certains cadres du mouvement ont pu constater une ou plusieurs de ces anomalies, notamment concernant la facturation de ses prestations. Comment une structure comme le RN avec son administration et ses comptables a-t-elle pu commettre une telle bévue ? Nous ne le saurons jamais.

L’EMPRUNTEUR

L’enquête du Monde montrait par ailleurs un autre aspect de la personnalité de Jean Messiha. Déjà, cette propension chez lui à faire appel à la générosité de son prochain, à son profit, pour son seul profit. Selon André Rougé, responsable des Horaces (les experts, les diplômés et les hauts fonctionnaires souvent anonymes qui ont rejoint le RN), Messiha sollicitait certains de leurs membres afin de leur emprunter de l’argent qu’il ne remboursait pas toujours (monsieur Rougé évoque une somme de 13 000 euros).

Le RN s’est donc débarrassé d’un élément nuisible, tricheur, menteur et donc sans « code d’honneur ». Et c’est avec davantage de clarté que l’on peut observer aujourd’hui son parcours politique. Qui ne s’explique pas, entièrement en tout cas, répétons-le, par des motivations idéologiques, mais principalement par des raisons professionnelles.

Jean Messiha escroc cagnotte sioniste

Grillé au RN, il s’est précipité chez Zemmour et a accepté de jouer au polémiste professionnel de deuxième division dans l’émission d’Hanouna.

Il a su gagner en visibilité, et devenir une sorte d’influenceur digne de ce nom. Une nouvelle médiatisation, réussie à force de scandales verbaux et de mimiques gaguesques, qui lui aura permis de surfer sur les faits d’actualité, sur les faits divers. Un nouveau statut pour un homme « vu à la télé » qui l’autorisait donc à lancer des cagnottes sans inquiéter les potentiels donateurs qui ne voyaient pas en lui un usurpateur, un imposteur, un bonimenteur mais un homme de convictions, de droite, un homme avec des valeurs, avec des principes, pas du genre à faire les poches d’autrui.

Cependant des gens savaient que l’énarque, l’expert, le “sachant” n’était absolument pas le Zorro qui allait sauver la France mais un emberlificoteur de première, un rusé, bref une personne non fiable. Tous ces hommes, toutes ces femmes qui étaient bien informés sur le danger qu’il représentait n’ont pourtant rien dit.

Et pourtant, plus Messiha était médiatisé, plus il devenait populaire, plus il avait les moyens de duper les petits Français qui ont le cœur sur la main. Un triste personnage qui était un parfait inconnu quand il fut embauché par la non moins triste Marine Le Pen en 2016.

Jean Messiha escroc cagnotte sioniste
[Info Mediapart] Le polémiste d’extrême droite Jean Messiha a cumulé près de 5 ans de salaire du ministère des armées, depuis son engagement en politique en 2017, pour un emploi dont personne n’est en mesure de décrire le contenu.

Parce qu’il avait des diplômes, peut-être aussi parce qu’il travaillait pour le ministère des Armées, on lui donna du pouvoir au sein du parti, on lui procura une autorité, on le fit passer pour un intellectuel, un homme d’une infinie compétence ; il en fit tout son CV.

Il est heureux que le vrai visage de ce bouffon apparaisse au grand jour, mais le mal est fait. On peut se féliciter qu’il ait été confondu dans l’affaire des cagnottes, en espérant néanmoins que la générosité des honnêtes gens pour des causes de salubrité publique ne sera pas durablement entamée par ses agissements scandaleux et éhontés.

François-Xavier ROCHETTE.

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